L’entente Canada-Alberta annoncée le 15 mai témoigne d’une indifférence troublante à l’égard des incertitudes et des risques qui agitent les marchés de l’énergie aujourd’hui, comme à l’égard des nombreux appels lancés à l’échelle mondiale pour réduire les risques économiques à venir en diminuant la dépendance aux combustibles fossiles. Croire que la demande future (en 2033 et au-delà) pour le combustible fossile le plus coûteux au monde, le bitume albertain, rendra rentable un nouvel oléoduc est non seulement imprudent, mais va à l’encontre de toute logique commerciale et politique à l’échelle mondiale. Le coût d’opportunité de l’abandon des investissements dans les énergies renouvelables, qui s’imposent pourtant désormais comme les sources d’énergie de l’avenir proche, sera énorme.

Le protocole d’accord du 27 novembre 2025 conclu entre le Canada et l’Alberta est revenu sur l’engagement, pris dans le budget du 4 novembre 2025, voulant que le recours à des projets de captage, utilisation et stockage du carbone (CUSC) pour accroître la production pétrolière (« récupération assistée du pétrole ») ne donne pas droit à des crédits d’impôt à l’investissement. Ce revirement a directement entraîné la démission, par principe, de l’ancien ministre de l’Environnement et du Changement climatique, l’honorable Steven Guilbeault.

La Mise à jour économique du printemps de 2026, déposée le 28 avril, est venue achever explicitement ce revirement.

Le protocole d’accord de novembre marquait déjà un creux pour la politique climatique; on ne s’attendait donc pas à ce que certains éléments de cette entente se révèlent nettement plus solides que la mise à jour du 15 mai 2026.

Par exemple, le protocole d’accord du 27 novembre 2025 affirmait : « Le Canada et l’Alberta restent engagés à atteindre la carboneutralité d’ici 2050. »

La mise à jour du 15 mai 2026 ne s’engage, pour sa part, qu’à « la réalisation de progrès tangibles vers l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050 ».

Le protocole d’accord du 27 novembre renonçait au plafonnement promis des émissions du secteur pétrolier et gazier en échange de l’engagement de l’Alberta à porter, d’ici 2030, le prix de crédit minimal réel à 130 $ la tonne.

La mise à jour du 15 mai 2026 repousse cette tarification à 2040. Elle instaure également des mécanismes de marché du carbone qui pourraient s’avérer utiles à la tarification du carbone, soit les « contrats sur différence pour le carbone (CDC) ».

Dans l’ensemble, lorsque des engagements ont été resserrés depuis le 27 novembre 2025, c’est pour étendre la production et les exportations du bitume des sables bitumineux, alors que ceux qui visent les objectifs climatiques et les outils pour les atteindre, eux, sont affaiblis.

L’accord de 1 000 mots dévoilé aujourd’hui renferme de nombreux engagements précis, dont des éléments de la stratégie nationale du réseau électrique, une expansion accrue de l’énergie nucléaire et des accords d’équivalence sur le méthane.

L’accord du 15 mai 2026 donne à l’Alberta jusqu’au 1er juillet pour soumettre sa proposition détaillée au Bureau des grands projets fédéral, et le Canada s’engage à la désigner comme « projet d’intérêt national » d’ici le 1er octobre 2026. L’oléoduc transporterait plus de 1 000 000 de barils de pétrole par jour et sa construction pourrait commencer dès septembre 2027.

À ce jour, le tracé de l’oléoduc demeure inconnu, mais nous savons que le gouvernement de l’Alberta souhaite qu’il traverse le nord de la Colombie-Britannique, ce qui exigerait la levée de l’interdiction de circulation des superpétroliers dans les eaux dangereuses de la côte nord de la province.

« Si le premier ministre du Canada se soucie réellement de la lutte aux changements climatiques, il est clair que la première ministre de l’Alberta est la plus habile négociatrice. Au cours des six derniers mois, l’Alberta a arraché plus de concessions au Canada. À ce rythme, les Canadiens et les Canadiennes pourraient à nouveau voir un premier ministre libéral dépenser des fonds publics pour construire un oléoduc non rentable, tout comme l’a fait l’ancien premier ministre Trudeau. La réalité du capital mondial, c’est que les investisseurs se détournent des combustibles fossiles », a souligné la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May. « Bien que le premier ministre ait cité, lors de sa conférence de presse, Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, il a passé sous silence l’avertissement de M. Birol selon lequel les jours des combustibles fossiles sont comptés. Notre gouvernement choisit d’épouser la stratégie énergétique de Trump, mettant ainsi en péril notre avenir économique et climatique. »

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