Pourquoi il importe de composer un cabinet qui respecte la parité des sexes

Pourquoi il importe de composer un cabinet qui respecte la parité des sexes

Elizabeth May

Je ne sais pas en ce qui vous concerne, mais j’ai été bien étonnée par les commentaires des médias sociaux qui remettent en cause la décision de Justin Trudeau de composer un cabinet qui respecte la parité des sexes. Le groupe d’experts de la CBC du 1er novembre comprenant Jonathan Kay, rédacteur en chef de Walrus, était au plus bas. Soudain, on argumente à corps et à cris que le 50 % de femmes va entraîner des nominations incompétentes. M. Kay s’en amuse même en proclamant que c’est injuste pour son « peuple ». Cela me rappelle l’épisode de Parks and Recreation où des hommes manifestant pour leurs droits s’écrient : « Nous n’avons pas été traités équitablement – tout récemment ».

À ma connaissance, personne n’a remis en question les mérites des ministres masculins nommés dans la grande majorité des cabinets, jamais. Qu’en est-il de cette sélection prestigieuse sous Stephen Harper (Julian Fantino, Vic Toews et Pierre Poilievre pour n’en citer que quelques-uns) indiscutablement si bien préparés à leur emploi que la question ne s’est même jamais posée? Ou bien est-il si évident que la question du mérite ne fait jamais surface quand les hommes attendus sont placés sous leur éclairage habituel, appelé postes de pouvoir?

Le journal satirique The Beaverton a épinglé la réponse dans une brillante rubrique : « 50 % de nominations féminines au Cabinet mènent à une augmentation de 5 000 % de bonshommes qui soudainement se préoccupent du mérite au Cabinet ».

Tandis que Justin Trudeau, premier ministre désigné, se prépare à présenter un cabinet qui comprend 50 % de femmes, des chercheurs ont découvert une augmentation draconienne de 5 000 % du nombre d’hommes qui soudainement ont des opinions tranchées sur le fait que les nominations au Cabinet devraient être une « méritocratie ».

Dans toute la nation, les statisticiens peinent à expliquer le saut récent et vertical du nombre d’hommes qui ont spontanément formé des opinions tranchées sur les qualifications des ministres du Cabinet fédéral.

« C’est de l’action positive, et même s’il a été statistiquement prouvé qu’elle améliorait les conditions de travail au fil du temps, je n’aime pas cela », disait Thomas Fielding, un personnage mémorable.

Plusieurs politologues de renom ont convenu que le quota féminin de M. Trudeau était une décision controversée. « Je me suis senti soudainement et inexplicablement très concerné par ce sujet », a ajouté le Dr William Harkin de l’Université de Calgary, lui aussi un homme de mérite. « Au contraire de M. Trudeau, le premier ministre Harper choisissait seulement les personnes les plus qualifiées pour composer son Cabinet, tel un dénigreur des changements climatiques (Peter Kent) comme ministre de l’Environnement. Ou ses nombreux ministres de la Défense qui n’ont jamais occupé aucun poste militaire ».

J’écris ceci à la veille du dévoilement du nouveau Cabinet, alors je ne peux exprimer aucune opinion sur les choix individuels de ministres, mais je crois que son choix sera l’une des mesures les plus importantes pour l’égalité des femmes depuis que nous avons obtenu le droit de vote.

Mon enthousiasme puise largement sa source dans le fait qu’un Cabinet à parité des sexes a changé, pour des décennies, le rôle politique des femmes en Norvège. La première femme première ministre de la Norvège, Gro Harlem Brundtland, est peut-être mieux connue des lecteurs d’Island Tides par sa présidence de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement. Le rapport historique intitulé : « Notre avenir à tous » est souvent appelé simplement : « Rapport Brundtland ». C’est à cette époque que j’ai eu le grand honneur de travailler avec elle. Elle a également imposé des changements draconiens à la société norvégienne quand elle a nommé 40 % de femmes dans son gouvernement en 1986. Cela n’a pas été un geste facile à poser. L’une de mes amies qui travaillait le plus étroitement avec Gro Brundtland a dit qu’elle avait en toute conscience sacrifié une génération de chefs masculins forts pour faire franchir une étape décisive aux droits des femmes.

Aujourd’hui en Norvège, le gouvernement reflète encore cette parité des sexes. Et l’action pour des droits égaux ne s’est pas arrêtée là. Les Norvégiennes composent de par la loi 40 % des conseils d’administration des sociétés tant dans les entreprises dirigées par le gouvernement que dans le secteur privé.

Les femmes aux postes de pouvoir changent la société. Les rôles et les attentes des sexes modifient profondément notre façon de voir. L’une de mes anecdotes préférées démontre que cette réalité est également reliée à la première ministre Brundtland. Quand elle s’est retirée après plusieurs années en poste, la petite fille d’une amie norvégienne a regardé les nouvelles sur la course à la direction pour remplacer Mme Brundtland. Plusieurs hommes et femmes présentaient leur candidature. Sa fille était surprise et a demandé à sa mère : « Tu veux dire, un homme peut vraiment devenir premier ministre? »

Oh, j’attends le jour où une petite canadienne pourra poser cette question.

Cet article a été originellement publié dans le journal « Island Tides ».