La lugubre présence canadienne

La lugubre présence canadienne

Elizabeth May

Leona Aglukkaq est arrivée sur le même vol que moi à Lima au Pérou à la COP20.  Elle a pris un vol en première classe. Voilà pourquoi je ne l’ai pas vue. Mais je sais d’un bon ami qui était en première classe qu’elle était dans la cabine avant. 

Il n’est pas plus facile de la voir à la COP20 que dans sa cabine de verre entre la première classe et la classe économique dans le vol en provenance de Toronto. Hier, Environnement Canada a publié un communiqué de presse en annonçant qu’« Aujourd’hui, la ministre Aglukkaq tiendra une discussion à Lima, au Pérou, afin de souligner l’importance d’incorporer les connaissances traditionnelles dans le processus décisionnel relatif à l’environnement. À cette occasion, des dirigeants internationaux de haut niveau se rassembleront pour discuter de la façon dont les connaissances traditionnelles peuvent soutenir l’élaboration de politiques et de programmes fructueux en matière d’environnement dans le monde entier ».

J’ai eu beau chercher, je n’ai vu aucun signe de cette discussion qui n’était pas affiché en tant qu’événement médiatique à la COP ou en tant qu’activité parallèle dans le cadre de la Conférence. J’ai découvert aujourd’hui qu’il s’agissait en fait d’une réception privée tenue à l’ambassade canadienne à Lima. Je n’y étais pas invitée. Bien sûr, je suis habituée à cela. La ministre a tenu une réception lors de la précédente COP à Varsovie à notre ambassade où je n’avais pas été invitée.  J’aurais aimé m’imaginer qu’à l’image de Canadiens ensemble dans des capitales étrangères, tous les Canadiens à Lima pour la COP auraient été invités. Cela aurait été le cas sous de précédents gouvernements. En tant que seule députée, autre que la ministre, j’aurais dû être invitée. L’ambassade n’est pas celle du Parti conservateur du Canada au Pérou. Il s’agit de l’ambassade du Canada. Je ne sais pas qui a été invité ou si des médias avaient été invités. Le seul participant international était le chef du programme environnemental des Nations Unies, Achim Steiner. Le communiqué de presse était manifestement une fausse déclaration qui incluait cette phrase sous la section Faits en bref : « La discussion, qui se déroule au cours de la 20e Conférence des Parties à Lima, est organisée et dirigée par le Canada. »

Qui aurait pu imaginer que cette discussion était une invitation pour une réception privée? Aujourd’hui, la ministre Aglukkaq est arrivée sur la scène internationale pour faire sa déclaration à la COP. Elle était censée parler trois minutes, mais elle a battu le record de tous les autres ministres qui ont dépassé le temps alloué, en prononçant un discours de plus de huit minutes. Après chaque minute dépassée après le temps alloué, on pouvait entendre une cloche et un rappel lui indiquant qu’elle avait dépassé son temps. Mais la ministre a continué à parler en dépit des cloches dans une tentative hésitante pour dire aux nations du monde que le Canada était un meneur. « Notre bilan est éloquent », a-t-elle dit. En effet. Environnement Canada vient tout juste de publier son rapport de suivi sur les émissions, un rapport longuement attendu. Les cibles du Canada pour 2020 selon l’accord – faible – de Copenhague, étaient une réduction de 126 mégatonnes. Actuellement, selon les prévisions, la réduction sera de 10 mégatonnes.

De retour à Ottawa et à la lumière de ce qu’elle disait au Pérou – une récitation mot à mot de ses points de discussion à la Chambre - « nous avons une approche secteur par secteur » - tout ce qu’elle dit a été démoli par son patron. Le premier ministre Stephen Harper a annoncé à la période de questions qu’il n’avait pas l’intention de mettre en œuvre la réglementation sur le pétrole et le gaz qu’il promet depuis 2007.

Il dit qu’il serait « fou » de le faire. Que Stephen Harper attaque ses propres promesses sur le climat le jour même où sa ministre les présente au Pérou à la COP20 serait assez pour qu’une personne honorable donne sa démission.  

Peter Kent, notre ancien ministre de l’Environnement, a, dit-on, préparé la réglementation sur le pétrole et le gaz, mais Stephen Harper n’a pas voulu appuyer sa mise en œuvre. Tout cela est arrivé quand le pétrole se vendait à fort prix. Maintenant que le prix du baril de pétrole dégringole, Harper utilise cet argument comme excuse pour renier son engagement.

Stephen Harper n’a maintenant plus aucune excuse. Attendre Obama s’est transformé en attente de la Chine. Maintenant que les États-Unis et la Chine agissent, nous devons attendre que le prix du pétrole se redresse. Nous attendons donc l’Arabie Saoudite.

À Lima en cette COP20, les nations du monde (excepté le Canada et l’Australie) semblent s’engager véritablement pour que l’ébauche du traité soit prête pour Paris et la COP21. Et je m’engage à m’assurer qu’avant que les nations du monde se rassemblent lors de la prochaine Conférence des Parties, Stephen Harper ne sera plus premier ministre.