4.12 Abolition de la pauvreté

 « Je suis maintenant convaincu que la meilleure approche demeure la plus simple – la solution à la pauvreté est son abolition directe grâce à l’une des mesures qui fait le plus parler d’elle à l’heure actuelle : le revenu garanti. »

Martin Luther King Jr., Where Do We Go From Here: Chaos or Community? 1967

Le Conseil national du bien-être social estime que plus de 15 pour cent des Canadiennes et des Canadiens vivent dans la pauvreté, soit environ 4,9 millions de personnes. Dans un pays riche comme le Canada, c’est inacceptable. L’abolition de la pauvreté et le maintien de collectivités en santé seraient forcément payants puisque cela contribuerait à réduire les frais liés à la prestation de services de santé, la pauvreté étant le principal déterminant de la santé. L’abolition de la pauvreté serait forcément payante puisqu’elle contribuerait à réduire les taux de criminalité. Le maintien des niveaux de pauvreté actuels coûtera beaucoup plus cher à la société qu’un programme civilisé pour abolir la pauvreté au Canada.

De tous les problèmes sociaux du Canada, la pauvreté chez les enfants est certainement le plus honteux. En 1989, les partis politiques de la vieille garde ont voté à l’unanimité pour mettre fin à la pauvreté chez les enfants du Canada d’ici l’an 2000. Malgré de récentes améliorations dans les taux de pauvreté infantile, il reste encore de trop nombreux enfants canadiens qui grandissent dans la pauvreté. Les taux de pauvreté chez les enfants sont plus élevés chez les Néo-Canadiennes et les Néo-Canadiens, les Autochtones et les femmes-chefs de famille monoparentale. Le Canada se classe aujourd’hui 26e sur 29 pays « développés » en ce qui a trait aux taux de pauvreté chez les enfants.

Il n’existe pas de méthode miracle pour éradiquer la pauvreté. De meilleures banques alimentaires ne régleront pas la disparité croissante entre les riches et les pauvres du Canada. La pauvreté est un problème systémique attribuable à un salaire minimum peu élevé, un marché du travail précaire, une pénurie de logements sociaux, des compressions au niveau de l’assurance-emploi et des compressions dans les programmes sociaux.

Nous pouvons éradiquer la pauvreté chez les enfants du Canada. Nous devons commencer par renouveler notre engagement à voir le Canada comme une société juste, fondée sur un réseau de sécurité sociale progressif, juste et compassionnel. Certains pays européens comme le Danemark, la Finlande et la Norvège, qui ont pris un engagement similaire, ont réussi à maintenir un taux de pauvreté chez les enfants inférieur à 3,5 pour cent. Contrairement aux partis de la vieille garde, le Parti vert croit plus important de réduire la pauvreté chez les enfants que de permettre à nos citoyennes et à nos citoyens les plus riches de s’enrichir. Les verts croient que la réduction de la pauvreté chez les enfants commence par un plus grand engagement afin de garantir que chaque famille est en mesure de prendre soin de ses enfants.

Le moment est venu de revoir nos principales initiatives politiques – en instaurant l’impôt négatif, ou un revenu de subsistance garanti (RSG) pour tous. Le recours à un RSG permettrait d’éliminer la pauvreté et de laisser les services sociaux libres de se concentrer sur les problèmes de santé mentale et de toxicomanie. Essentiellement, il s’agit de fournir un montant annuel à chaque Canadienne et à chaque Canadien, sans évaluation des besoins. La somme payée sera établie en fonction des régions, à un niveau supérieur au seuil de pauvreté, mais à un niveau de stricte subsistance afin de favoriser la génération de revenus additionnels. Aucune surveillance ni aucun suivi ne seront requis.

À la différence des régimes actuels de bien-être social provinciaux et d’assurance-emploi fédérale, les revenus additionnels ne seront pas « retenus » (ou récupérés) avant que la personne ait pu atteindre un niveau de revenu plus élevé, supérieur au seuil de subsistance. Cela contribue largement à réduire les incitatifs qui rendent le travail au noir intéressant. Pour les Canadiennes et les Canadiens dont les revenus sont plus élevés, le montant du RSG ferait simplement l’objet d’une récupération fiscale complète.

Grâce à des politiques cohérentes sur les plans municipal, provincial et fédéral, il sera possible de faire des économies considérables tout en éliminant l’aspect négatif d’un système axé sur la honte, qui perpétue la pauvreté. Cependant, pour que ce soit rentable, le gouvernement aura besoin de temps pour négocier un programme cohérent avec les provinces et les territoires et les municipalités. Divers programmes de « l’industrie de la pauvreté » tels que l’aide sociale, les prestations d’invalidité, les prestations aux aînés et l’assurance-emploi seraient tous refondus en un seul système de prestation, administré par le biais des impôts.

Le moment est venu de proposer des idées ambitieuses comme celle-ci. Toutefois, il faut prendre le temps de bien examiner ces idées, d’y réfléchir et d’obtenir le soutien des trois ordres de gouvernement. Nous sommes déterminés à lancer un dialogue sur cette idée, tout en examinant d’autres mesures à court terme afin de réaliser des progrès dans un avenir rapproché.

Les députés verts :

  • Élimineront l’imposition des plus basses fourchettes de revenu afin que les personnes vivant sous le seuil de la pauvreté ne paient aucun impôt (la mesure canadienne du seuil de faible revenu).

  • Autoriseront les prestataires d’aide financière à conserver la totalité de leur salaire jusqu’à concurrence du seuil de faible revenu afin d’inciter les gens à réintégrer le marché du travail.

  • Offriront aux gens la mobilité dont ils ont besoin pour trouver du travail, un refuge et d’autres nécessités de la vie en offrant aux prestataires d’aide sociale des laissez-passer gratuits pour les transports en commun.

  • Prolongeront le congé parental pour les nouveaux parents non admissibles à des prestations de l’assurance-emploi (AE) à deux ans, et accorderont une année supplémentaire aux parents admissibles à l’AE.

  • Augmenteront de 25 pour cent le Supplément de revenu garanti versé aux aînés.

  • Accroîtront le soutien du revenu pour les familles monoparentales prestataires de l’aide sociale pendant que le parent est aux études ou prend part à un programme de formation professionnelle.

  • Fourniront à tous les Canadiens, comme première étape à la mise en œuvre d’un revenu universel de subsistance garanti (RSG), les dividendes obtenus de la taxe sur le carbone pour les émissions de GES. Par l’entremise de négociations avec chacune des provinces et chacun des territoires, ce modeste versement supplémentaire ne fera pas l’objet d’une récupération fiscale.

  • Appuieront l’instauration d’un soutien financier stable et à long terme pour les personnes handicapées au moyen d’un revenu de subsistance garanti.

  • Fourniront une aide financière aux conjoints et aux parents à faible revenu qui fournissent des soins en fin de vie à la maison aux patients qui devraient autrement être hospitalisés ou recevoir des soins de longue durée fournis par des établissements publics.

  • Amélioreront les mesures du « progrès » (notre produit intérieur brut ou PIB) avec l’adoption d’un indice de progrès réel (IPR) – comme l’indice canadien du bien-être, qui mesure annuellement notre bien-être par rapport aux indicateurs de qualité de vie, dont l’élimination de la pauvreté (voir la section sur l’économie verte).

  • Élaboreront un plan complet pour améliorer notre réseau de sécurité sociale afin d’éliminer la pauvreté chez les enfants, en basant ce plan sur les programmes des pays européens qui affichent la meilleure performance en termes de réduction de la pauvreté chez les enfants.