5.17 Union nord-américaine (UNA) par intervalles

Les négociations trilatérales entre le Canada, les États-Unis et le Mexique destinées à « harmoniser » les normes et la réglementation des trois pays se poursuivent en coulisse, malgré l’échec annoncé du processus du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP), proposé en 2005 et discrédité par une campagne de sensibilisation populaire très efficace.

En réponse à ce recul temporaire, les tenants d’un programme d’intégration continental détaillé veulent maintenant faire avancer ce dossier par intervalles en évitant de porter le tout à l’attention des Parlements et du débat public. La dernière proposition concerne un périmètre de sécurité continental avec une frontière intégrée avec les États-Unis. L’information limitée disponible pour l’instant à propos de ce projet n’a engendré que de l’opposition du public en raison des menaces possibles à la souveraineté du Canada et la vie privée des Canadiens. Le besoin de tenir des négociations diplomatiques sous le sceau de la confidentialité ne devrait pas avoir comme conséquence la dissimulation d’information publique à propos des résultats de ces négociations. Le Parti vert remet en question les objectifs de ce dossier et les moyens utilisés pour les faire avancer.

Le processus du PSP découle d’un programme continentaliste préexistant adopté sous l'influence des entreprises conçu de manière à exploiter les inquiétudes des États-Unis en matière de sécurité nationale au lendemain du 11 septembre. Le PSP est une extension de l'ALENA et chercherait à rapprocher encore davantage le Canada, le Mexique et les États Unis au sein d’un système de marché commun et d'union douanière. Certains analystes le considèrent comme une Union nord-américaine (UNA) proche du modèle de l'Union européenne (UE) (intégration économique entière premièrement). Le Parti vert s’oppose à ce projet d’intégration continentale parce qu’il estime qu’il va à l’encontre des intérêts nationaux du Canada.

En effet, on peut constater des différences notables entre une éventuelle UNA et le modèle politique de l’UE. Alors que l'UE impose les normes d'environnement et de travail de l'État membre le plus strict à tous les autres et que son modèle comporte l'élection directe d'un parlement supranational, l’intégration continentale nord-américaine semble essentiellement conçue par de grandes sociétés dans le but de maximiser leurs profits et exclut la société civile. Les pouvoirs sont beaucoup plus équilibrés entre les différentes nations européennes qui forment l’UE qu’il ne pourra jamais y avoir entre les États Unis, le Canada et le Mexique. Par exemple, si l’UE fonctionnait sur un modèle similaire çà celui proposé pour l’UNA, il n’y aurait que trois pays – peut-être l’Allemagne, la Norvège et le Portugal – représentant respectivement les États Unis, le Canada et le Mexique. Il est facile d’imaginer qui contrôlerait et dominerait ce triangle politique. Les citoyennes et les citoyens de la Norvège et du Portugal – ou du Canada et du Mexique – deviendraient des citoyens de deuxième classe sur leur propre continent.