3.3 Les parcs nationaux

Au cours des vingt dernières années, tous les premiers ministres du Canada se sont engagés à achever le réseau de parcs nationaux et à créer des aires de protection marine assez grandes pour protéger les écosystèmes marins; tous, sauf le premier ministre actuel.  Des aires écologiques clés sont en danger. Si le gouvernement n'agit pas rapidement, il sera trop tard pour protéger des aires telles que le sud de l'Okanagan (le seul véritable désert du Canada), les étendues sauvages du Labrador ou le chaînon Flathead en Colombie-Britannique. Elles auront été sacrifiées définitivement au profit du développement.

Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO a averti le Canada que nous laissions faire une dangereuse érosion dans des parcs existants qui sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, notamment les parcs nationaux de Banff, de Jasper, de Kootenay et de Yoho ainsi que plusieurs réserves provinciales. Le Comité de l'UNESCO a également parlé du fait que des « des inquiétudes subsistent quant aux incidences réelles et potentielles de l'exploitation de la mine Cheviot sur l’intégrité » des parcs, notamment celui de Jasper.

L'UNESCO a également prévenu le Canada qu’il devait prendre davantage de précautions pour éviter que les « diverses activités d'exploration gazière, pétrolière, minérale et minière » autour du parc national de Nahanni, situé à l'extrémité sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest, n'érodent l'intégrité écologique du parc. Seulement 10 pour cent du territoire canadien est protégé.

Pourtant, le gouvernement Harper se vante de son bilan à propos des parcs nationaux. Ce qui suit est tiré du site Web du Parti conservateur :

Depuis 2006, le gouvernement a adopté d'importantes mesures pour protéger nos espaces naturels, notamment en ajoutant plus de 160 000 kilomètres carrés aux parcs nationaux et aux aires marines de conservation – une hausse de plus de 58 pour cent... (consulté en décembre 2015).

Il est vrai que de nouveaux parcs, surtout dans l’extrême Nord, ont ajouté de vastes terrains aux parcs. Mais comme un cheval de Troie, ce grand cadeau contient sa propre destruction en regard des normes d’intégrité écologique qui sont nécessaires pour maintenir les parcs nationaux, notre plus grand objectif de conservation et de protection.

Le plus grand coup porté à l’intégrité de notre réseau de parcs nationaux remonte à 2013 avec les amendements relatifs à l’île de Sable de la Loi sur les parcs nationaux du Canada. Cette île emblématique de la Nouvelle-Écosse est reconnue pour ses dunes et ses poneys sauvages. Le Parti vert a été le seul parti qui s’est opposé à la législation qui a autorisé la prospection sismique dans le parc et le forage pétrolier et gazier directionnel sous l’île. La nouvelle législation sur le parc national de l’Île-de-Sable fait de l'Office Canada-Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers (OCNÉHE) le principal organisme de réglementation pour ce genre d’activités sur l’île. L’OCNÉHE n’a qu’à informer Parcs Canada des activités pétrolières et gazières dans le parc sans même effectuer de consultation au préalable.

De même, la loi qui a créé le premier « parc urbain » dans la vallée de la Rouge a altéré le concept d’intégrité écologique. Les agents de protection de la nature qui ont travaillé pendant des décennies pour protéger ce secteur à l’intérieur des limites du Grand Toronto ont été horrifiés de voir que la législation adoptée est plus faible que ce qui avait cours – et couvre un territoire plus petit que les plans antérieurs pour le statut du parc de la Rouge. Les amendements du Parti vert pour garantir la protection du concept d’intégrité écologique ont été battus par les conservateurs en comité.

Entre temps, les limites d’un nouveau parc national adjacent à Nahanni, la réserve de parc national du Canada Nááts’ihch’oh, ont été approuvées, en excluant des zones importantes et cruciales. Le nouveau parc possède 4 895 kilomètres carrés, mais exclut des habitats importants du caribou des bois, du grizzli, du mouflon de Dall et de la chèvre de montagne. Les secteurs exclus des nouvelles limites du parc sont ceux qui renferment un potentiel minier. Selon la Société pour la nature et les parcs du Canada, « les limites de ce parc ne prennent pas en considération de nombreuses preuves scientifiques sur ce qui est nécessaire pour protéger les bassins hydrographiques du parc Nahanni et le soutien extraordinaire du public durant les consultations publiques pour protéger tous les cours d’eau en amont. »

Les attaques furtives à notre réseau de parcs nationaux prennent aussi la forme d’une tendance aux activités du secteur privé dans les parcs. En 2012, Parcs Canada a dû composer avec des compressions budgétaires de 10 pour cent, ce qui se traduit par un désir de trouver des revenus. Cette tendance a commencé avec la promenade de glace à Jasper. Ce parc national emblématique, qui fait partie du patrimoine mondial comme l’a désigné le UICN, est maintenant géré comme une entité privée pour faire des profits. L’entreprise Brewster Travel Canada, une entreprise américaine, a obtenu, après bien des protestations, l’autorisation de construire une promenade et un poste d’observation en verre de 400 mètres suspendus au-dessus d’une falaise qui fait face au champ de glace Columbia.

À ce moment, Parcs Canada affirmait qu’il ne s’agissait pas d’un précédent. Mais les conservateurs appuient maintenant une soumission du secteur privé pour construire un site d’hébergement à l’intérieur du parc de Jasper. La proposition pour un véritable hôtel avait été rejetée à l’été de 2014. Parcs Canada avait plutôt approuvé un projet de chalets du secteur privé à l’intérieur du parc sur le bord du lac Maligne. Ce développement pourrait mettre en péril l’habitat fragile de l’espèce menacée qu’est le caribou des bois du lac Maligne.

Entre temps, les sources hydrothermales dans les parcs des montagnes Rocheuses canadiennes sont aussi destinées à la privatisation. Les sources thermales de Miette dans le parc national du Canada Japser, celles de Upper Hot Springs dans le parc national du Canada Banff et celles de Radium Hot Springs dans le parc national du Canada Kootenay seront désormais gérées par le secteur privé.

Parcs Canada accepte actuellement des soumissions pour privatiser le fameux terrain de golf du Keltic Lodge à Ingonish au parc national des Hautes Terres-du-Cap-Breton. Mais le projet le plus incompréhensible de tous pour altérer l’intégrité du réseau des parcs nationaux est la construction par le secteur privé d’une immense sculpture.

La privatisation d’une partie du parc national des Hautes Terres-du-Cap-Breton a été approuvée en secret par le cabinet de Stephen Harper sans consultation publique. Un hectare de la partie la plus spectaculaire de la route panoramique Cabot Trail a été donné – apparemment sans frais – à un homme d’affaires de Toronto, Tony Trigiani. À cet endroit, M. Trigiani installera une immense statue et construira un terrain de stationnement pour environ 300 véhicules. La statue, Mère Canada qui est une sorte de vierge Marie, se veut un monument commémoratif des victimes de la Première Guerre mondiale de la crête de Vimy. Une statue à Vimy appelé Mère Canada représente une mère éplorée. La statue proposée au Cap Breton, six fois plus grosse que celle de France, pourrait mesurer 24 mètres (79 pieds).  La statue géante sera debout, les bras tendus. Elle sera installée à l’un des plus beaux endroits panoramiques de la piste Cabot. Un tel projet n’a absolument pas sa place dans un parc national. Le projet divise la communauté. Le cabinet de Stephen Harper l’appuie sans offrir aucune autre option pour stimuler le tourisme dans cette région.

L'avancement du projet des aires de protection marine est encore pire. Le Canada a protégé moins d’un pour cent de ses aires marines pendant que l'Australie en protégeait 7,5 pour cent.

Oui, les Canadiennes et les Canadiens ont ces projets à cœur. Des sondages ont révélé que 90 pour cent des Canadiennes et des Canadiens considèrent le temps passé dans la nature pendant leur enfance comme très important; 85 pour cent d'entre eux participent régulièrement à des activités de plein air; 98 pour cent déclarent que la nature est indispensable à la survie humaine.

Nous sommes déterminés à opérer un virage pour renverser la tendance décevante observée récemment dans les actions du gouvernement fédéral, qui fait peu de cas de la protection des parcs, et à prendre des mesures fermes et résolues au service de la protection des parcs existants et de l'expansion de nos parcs marins et terrestres. Nous devons créer rapidement des parcs marins « à pêche et chasse interdite », car c'est maintenant notre seule chance de préserver de vastes étendues de côtes en grave danger, victimes de la surpêche.

Les députés verts :

  • Rétabliront le financement à Parcs Canada pour que des projets scientifiques soient de nouveau menés dans nos parcs nationaux.

  • Amenderont la législation sur le parc national de l’Île-de-Sable pour enlever toute autorité sur ce parc à l'Office Canada-Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers et réaffirmer que les activités industrielles n’ont pas leur place dans nos parcs nationaux.

  • Mettront en application les anciennes politiques qui ferment la porte au secteur privé et aux activités à but lucratif dans les parcs nationaux.

  • Réinstaureront l'engagement de création d'un réseau de parcs nationaux représentatif des écosystèmes terrestres et marins du Canada d’ici 2030, avec les priorités suivantes :

    • L'accélération de la création d’aires marines protégées « à chasse et pêche interdites »; une consultation avec les secteurs et les collectivités concernés par la pêche sera essentielle, comme l'expérience l'a montré en Nouvelle-Zélande et dans d'autres pays où l'instauration de zones « à chasse et pêche interdites » a été bénéfique aux pêcheries économiquement viables.

    • L'expansion, en partenariat avec les provinces, les territoires et les peuples autochtones, du réseau d’aires terrestres, marines et d'eau douce protégées du Canada et leur association aux aires protégées provinciales et territoriales dans la mesure du possible, ainsi que la création de zones tampons à utilisation mixte autour des parcs nationaux pour la préservation de la biodiversité et de l'écosystème.

    • L’octroi à Parcs Canada du financement nécessaire pour la protection de l'intégrité écologique des parcs nationaux du Canada.

  • Et l’atteinte de nos engagements internationaux sur la biodiversité :

    • Garantiront que le financement fédéral sera suffisant pour atteindre l’objectif Aichi, soit de protéger 17 pour cent de nos terres et de nos eaux intérieures, ainsi que 10 pour cent de nos zones côtières d’ici 2020.

    • Établiront un budget annuel de 500 millions de dollars pour la création du réseau des parcs nationaux, afin d'atteindre l'objectif de création du réseau de parcs nationaux et d’aires marines protégées d’ici 2030.

    • Mettront en œuvre les recommandations des experts en protection de la nature afin de protéger :

  1. Les habitats sévèrement menacés.

  2. Les espèces clés, les espèces menacées et les espèces à valeur commerciale ou culturelle, notamment celles qui ont de la valeur pour les Premières nations.

  3. Les habitats directement menacés par le réchauffement climatique.

  4. Les habitats continus interconnectés des grands migrateurs, sur une surface suffisante pour maintenir des populations viables.

  • Militeront pour l'achat de terrains privés, partout où c'est nécessaire, afin de protéger les habitats critiques, notamment ceux des espèces menacées.

  • Accroîtront les mécanismes de contrôle et de protection, en augmentant notamment le nombre de gardes forestiers et de guides-interprètes pour sensibiliser les Canadiennes, les Canadiens et les visiteurs à l'immense beauté et à la valeur inestimable de nos parcs nationaux.

  • Travailleront de concert avec les gouvernements des provinces et des territoires pour interdire la chasse aux animaux sauvages ou domestiques pour la gloire au Canada, mais continuera à autoriser la chasse d’animaux sauvages à des fins de subsistance par les autochtones et les non autochtones, à condition que ces espèces ne soient pas menacées ou en voie de disparition.