3.2 La protection et la conservation de l'eau

L'eau douce est la source de toute forme de vie sur la Terre. La protection et la conservation de l'eau douce sont des enjeux politiques majeurs du 21e siècle. Vu de l'espace, le Canada est l'une des régions du monde les plus riches en eau. Au sol, la situation est bien différente. Notre consommation d'eau est concentrée dans une zone géographique précise. Soixante pour cent de nos cours d'eau coulent vers le Nord du pays, alors que plus de 90 pour cent de la population est concentrée le long de la frontière sud. Malheureusement, les Canadiennes et les Canadiens sont parmi les plus grands gaspilleurs d'eau au monde, avec un gaspillage par personne supérieur à ceux de tous les autres pays du monde, à l'exception des États-Unis. L'Europe a réduit considérablement sa consommation d'eau, mais les Canadiennes et les Canadiens continuent à puiser énormément dans nos infrastructures d'eau et à épuiser nos précieuses ressources d'eau douce.

En tant que gardiens de 9 pour cent des ressources d'eau renouvelables de la planète, nous avons l'obligation morale de les préserver pour notre génération et pour les générations futures. Les eaux souterraines canadiennes comptent pour plus de 90 pour cent des réserves d’eau douce du pays. Cette ressource est exploitée par l’industrie pétrolière et gazière canadienne alors que nous ignorons presque tout des incidences sur les grands aquifères qui alimentent les eaux de surface. Si la majorité de nos concitoyens a accès à de l'eau potable, Santé Canada rapporte que 85 collectivités des Premières nations (sous la seule autorité du gouvernement fédéral) ont reçu la recommandation de faire bouillir l'eau avant de l'utiliser. L’accroissement de notre population, de nos activités économiques et de nos collectivités ne peut qu’exacerber les problèmes liés à l'eau. Dans certains cas, comme à Walkerton ou à Kashechewan, le problème tient à la qualité de l'eau; ailleurs, comme dans les Prairies qui ont connu des sécheresses récemment, c'est la quantité d'eau qui est insuffisante. Certains problèmes touchent toute une province; d'autres, tout le pays. Tous demandent que le gouvernement fédéral, en partenariat avec les provinces, les territoires, les Premières Nations, les ONG et les municipalités, accorde une attention particulière aux politiques de l'eau dans l’ensemble du pays.

Les collectivités durables et les modes de vie durables ont besoin de réserves d'eau saine. Le Parti vert s'est engagé à gérer l'eau de manière responsable. La gestion responsable comporte la responsabilité de restaurer les réserves d'eau et de les protéger des activités industrielles. Nous prônons un renouvellement du rôle du gouvernement fédéral dans la gestion de l'eau, avec des réglementations strictes et des programmes efficaces conçus avec la participation des gouvernements des provinces, des territoires et des municipalités. La vision des verts pour l'eau douce est un message très clair : gardons-la, conservons-la, protégeons-la.

  • Gardons-la. La pression augmente pour exporter notre eau douce au sud de la frontière, avec des accords commerciaux comme l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) qui nous poussent à abandonner le contrôle de nos eaux. Le Parti vert soutient la Politique fédérale relative aux eaux qui interdit formellement les exportations à grande échelle (exportations en vrac) de notre eau.

  • Conservons-la. Le gouvernement fédéral doit s’employer à assurer une utilisation durable de nos ressources en eau, et en même temps entretenir et améliorer l’accès à une eau saine pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens. Cette orientation mettrait en place des mesures de la consommation et une facturation qui correspondent à la valeur de l’eau et favorise un usage efficace, et des règlements qui protègent et améliorent la qualité de l’eau et font en sorte que le Canada ne devienne pas un haut lieu des technologies industrielles gaspilleuses d’eau.

  • Protégeons-la. Pour protéger et restaurer les écosystèmes d’eau douce et leurs services écologiques (par exemple, comme habitats pour les poissons et des espèces aquatiques, comme réserves d’eau domestique, pour la production d’énergie, pour les loisirs, comme réserves d’eau d’irrigation et pour d’autres usages économiques), le gouvernement fédéral doit employer tous ses pouvoirs, y compris la Loi sur les pêches, et miser sur son rôle dans les processus de partage d’eau entre juridictions. Cette action est particulièrement importante au vu des changements de la qualité et de la quantité de l'eau douce au Canada qui seront causés par le changement climatique. Le niveau des Grands Lacs va baisser, ce qui se traduira par des concentrations plus élevées de produits chimiques toxiques et d’autres polluants; les fleuves de Colombie-Britannique surchaufferont, ce qui empêchera la fraie des saumons, et les agriculteurs feront face à des sécheresses de plus en plus fréquentes. L’Athabasca connaît déjà des baisses de régimes substantielles causées par le changement climatique et les retombées de l’extraction de pétrole des sables bitumineux.

Le gouvernement fédéral doit accorder la priorité absolue à la protection de nos bassins hydrographiques et déterminer les flux environnementaux nécessaires à la santé de nos rivières et cours d’eau de premier et de deuxième ordre. Une gestion rigoureuse de l’utilisation des terres autour des bassins fluviaux doit être mise en place pour assurer la protection des fonctions écologiques des bassins fluviaux.

Les députés verts :

  • Protègeront le droit fondamental d’accès à l’eau pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens de notre génération et pour les générations futures en amendant la Charte canadienne des droits et libertés de façon à y inclure officiellement le droit des futures Canadiennes et des futurs Canadiens à un héritage écologique qui comprenne un air respirable et de l’eau potable.

  • Créeront un fonds canadien de l’eau de 215 $ millions par année pour cinq ans afin de mettre l’accent sur la bonne condition à long terme des bassins hydrographiques en atténuant le problème du ruissellement de polluants et de nutriments et afin de continuer à financer le Programme concernant la qualité de l'eau dans les Grands Lacs.

  • Pousseront le gouvernement à mettre en œuvre de façon stratégique la Politique fédérale relative aux eaux de 1987 afin d’atteindre les critères de gestion durable de l’eau : équité, efficacité et intégrité écologique par le biais des mesures suivantes :

  1. Adopter des législations fédérales qui interdisent les exportations d’eau en vrac en travaillant à partir des lois actuelles qui interdisent les exportations d’eau des bassins transfrontaliers, et retirer immédiatement les exportations de l’eau de l’Accord économique global entre le Canada et l'Union européenne, un élément qui est actuellement en négociation.

  2. Adopter des mesures pour empêcher le transport de déchets radioactifs comme les générateurs de vapeur finis et hautement radioactifs de réacteurs nucléaires vers le port d’Owen Sound par la voie marine du Saint-Laurent jusqu’en Suède.

  3. Établir des règlements et des normes de produits favorisant les technologies à efficacité hydrique au Canada.

  4. Assurer une alimentation en eau sécuritaire pour toute la population, notamment pour les collectivités des Premières nations, en établissant des règlements imposant la protection de l'eau potable à sa source, l'inspection des réserves d'eau domestique par l'état et des analyses régulières de l'eau potable.

  5. Fournir du financement aux municipalités par le biais d'un nouveau Fonds pour les installations de traitement des eaux et des déchets (voir la section 1.14 Infrastructure et collectivités pour de plus amples informations sur les relations fédérales-municipales) afin de remplacer la chloration par l'ozonation, la stérilisation aux ultraviolets, la filtration sur sable et d'autres procédés sécuritaires de purification de l'eau.

  6. Entreprendre un inventaire des eaux terrestres et des masses d'eau polluée pour définir et mettre en place des stratégies de dépollution.

  7. Renforcer les capacités des ministères et organismes gouvernementaux à protéger et à restaurer la santé des écosystèmes aquatiques.

  • S'assureront que l'eau est gérée de façon à créer des collectivités saines et durables et à favoriser des modes de vie durables en exigeant que le gouvernement :

  1. Remplace les directives fédérales sur la qualité de l'eau potable par des normes nationales ayant force de loi, qui assurent la fourniture d'une eau potable sécuritaire et propre, dans l'intérêt de la santé de nos concitoyens.

  2. Crée des financements fédéraux pour la réalisation d'une infrastructure hydrique urbaine basée sur des plans d'efficacité hydrique comportant des cibles et des objectifs mesurables et applicables.

  3. Fournisse un financement adéquat pour la protection contre les inondations à l’échelle locale et régionale et pour la gestion de la planification en cas de sécheresse.

  4. Fournisse un financement pour les programmes stratégiques d'adaptation aux changements climatiques par la conservation de l'eau, car la conservation de l'eau génère des économies d'énergie, donc une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

  5. Réinstaure le programme InfraGuide qui soutenait les stages pour étudiants diplômés dans des projets d'infrastructure municipaux d'avant-garde.

  6. Opère un virage des subventions et du financement des barrages et déviations (études de faisabilité comprises) vers des stratégies globales de protection de l'eau potable « de la terre au verre », notamment des programmes et des plans de protection de l'eau de source, de restauration des réserves d'eau et d'efficacité hydrique.

  7. Revoie les subventions fédérales à l'agriculture et développe des stratégies de transition pour amorcer un virage des cultures à grande consommation d'eau vers une agriculture locale durable.

  • Traiteront les dossiers interprovinciaux, interterritoriaux et internationaux relatifs à l'eau en exigeant du gouvernement :

  1. La restauration d'un écosystème sain sur les côtes canadiennes et dans les réserves d'eau terrestres en finançant des améliorations aux systèmes municipaux de traitement des eaux usées, notamment pour inciter les collectivités côtières et les usines à cesser de déverser des déchets non traités dans les rivières, les fleuves, les lacs et les océans.

  2. La mise en place d'accords de partage de l'eau dans le bassin du Mackenzie d'ici un an. Les accords devront s’inspirer des informations scientifiques les plus pertinentes et être basés sur les principes d'équité sociale, d'efficacité et d'intégrité écologique. Ils devront comporter les volets suivants :

    • Une limite aux volumes d'eau soutirés dans l'Athabasca, basée sur une estimation du régime requis.

    • L’obligation pour les sociétés qui extraient le pétrole des sables bitumineux de traiter de façon responsable les eaux polluées entreposées dans les bassins de rétention, qui sont les plus grandes structures artificielles au monde.

    • L'imposition d'un moratoire sur les extractions futures de pétrole des sables bitumineux (en d'autres termes, sur les augmentations de la production annuelle).

  3. Une révision de l'Accord-cadre sur la répartition des eaux des Prairies qui a permis de reconstituer la Régie des eaux des provinces des Prairies pour s'assurer qu'il tient compte des informations scientifiques les plus pertinentes et des principes d'équité sociale, d'efficacité et d'intégrité écologique.

  4. La gestion du problème des espèces envahissantes dans les Grands Lacs par la mise en place de protocoles scientifiques rigoureux pour le délestage de l'eau de ballast avant d'entrer dans le cours du Saint-Laurent et par le financement, la supervision et l'application de ces protocoles.

  5. Le renforcement de l'Accord relatif à la qualité de l'eau dans les Grands Lacs pour s'assurer qu'il couvre des questions émergentes comme les perturbateurs endocriniens ou les substances pharmaceutiques.

  • Soutiendront le mouvement international pour le droit d'accès à l'eau en établissant un droit fondamental d'accès à l'eau (en qualité et en quantité) ayant force de loi, à l'échelle nationale, pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens.

  • Augmenteront l'aide du gouvernement canadien à la fourniture des besoins de base en eau et en hygiène, conformément aux Objectifs du millénaire pour le développement.

  • Pourvoiront aux besoins de renforcement de nos ressources scientifiques spécialisées dans le domaine de l'eau en exigeant du gouvernement :

    • Un renforcement du financement destiné au recueil de données et aux systèmes d'information intégrés sur la consommation d'eau, la qualité de l'eau et les quantités d’eau disponibles.

    • Une adéquation entre les dépenses de recherche en sciences naturelles et sociales et les objectifs des politiques de l'eau, afin de s'assurer que nos établissements d'enseignement supérieur créent les connaissances nécessaires à la gestion de l'eau au 21e siècle, en l'occurrence les questions émergentes telles que les perturbateurs endocriniens, les produits pharmaceutiques, les substances toxiques, les débits résiduels, les rendements d'eau terrestre durables et l'adaptation aux changements climatiques.