Varsvovie COP19 : Une recontre avec Ban Ki-Moon

Varsvovie COP19 : Une recontre avec Ban Ki-Moon

Elizabeth May

Les négociations de « haut niveau » ont officiellement débuté aujourd’hui. Ma journée a commencé sur une note passionnante avec la rencontre du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon. Grâce à mon titre d’experte-conseil auprès de la délégation de l’Afghanistan, j’ai pu assister au discours à huis clos de M. Ban devant les pays développés (le groupe des 77 et la Chine). Le secrétaire général a fait le tour des groupes de négociation, une première dans l’histoire du G77. M. Ban est aussi le premier secrétaire général à assister à la Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Boutros Boutros-Ghali, le secrétaire général des Nations Unies en 1992, avait assisté au Sommet de la terre de Rio – à l’époque, ce sommet était cependant le plus important rassemblement de chefs de gouvernement de l’histoire. À ce jour, seul Ban Ki-Moon s’est présenté à ce rassemblement sur le climat pour sauver de fragiles négociations.

UN Secretary General Ban Ki-Moon

Aujourd’hui, il a tenté de fouetter la volonté politique des chefs d’État et de faire la promotion de son Sommet des chefs sur les changements climatiques prévu le 23 septembre 2014 à New York. (Tout de suite avant l’Assemblée générale lorsque les chefs de gouvernement font un discours devant l’Assemblée générale – sauf Stephen Harper qui quitte New York au moment où les autres arrivent. Mais ça, c’est une autre histoire…)

Le but, c’est d’essayer d’obtenir des engagements supplémentaires des chefs de gouvernement qui amélioreront les négociations à Lima lors de la 20e session de la Conférence des Parties (qui mènera vers une nouvelle entente mondiale d’ici la 21e session de la Conférence des Parties).

Comme je le disais, il s’agissait d’un aperçu… le reste de la journée m’a amené à me demander si nous pouvons vraiment en arriver à un traité qui peut être mis en œuvre, ce qui dépend des progrès à Lima, qui dépendent de ceux de Varsovie, ce qui n’est pas évident à ce moment-ci.

J’ai passé la grande partie de la journée à suivre les négociations du Groupe de travail spécial sur la plate-forme de Durban pour une action renforcée (ADP) au nom de la délégation de l’Afghanistan. Le Canada est intervenu dans ces discussions, toujours sur la même longueur d’onde avec l’Australie. L’ébauche d’un texte final en circulation est en grande partie ce que souhaitent les grands pollueurs. Cette ébauche ne maintient pas le format de la Conférence auquel nous sommes assujettis pour le moment. Ce texte tente de mettre sur un pied d’égalité les pays industrialisés et les pays en développement. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de similitudes entre ces différents pays. Le pire problème, ce sont les engagements reniés des pays industrialisés.  En toute franchise, l’Europe et la Norvège ont atteint les cibles qu’elles s’étaient fixées, alors que le Japon, même s’il n’a pas tout à fait atteint ses objectifs, a au moins réduit de beaucoup ses émissions. Toutes les personnes qui suivent l’évolution de ce dossier savent que nous ne pouvons plus attendre. Voici comment la chef négociatrice de la Colombie s’exprimait sur ce sujet, ce soir :

« Nous voulons un monde avec moins de 1,5 degré… la réalité, c’est que nous nous dirigeons tout droit vers une augmentation de 4 degrés ou même plus. L’année visée est 2015. Si nous voulons repousser une augmentation de 4 degrés à l’échelle mondiale, nous devons agir. »

(Elle est extraordinaire, en passant.)

Voici comment Ban Ki-Moon voit les choses :

« Nous sommes les premiers humains à respirer un air qui contient 400 parties par milliard de dioxyde de carbone… On m’a récemment averti en Islande que bientôt, le territoire pourrait ne plus avoir de glace. »

Tous reconnaissent qu’effectuer une transition en profondeur pour délaisser les carburants fossiles nécessite beaucoup de leadership – un leadership des nations riches. Qui d’autres que ces pays peuvent faire cette transition?

Comme le négociateur de la Gambie l’indique, au nom du bloc des pays africains,  « sans chef, il n’y aura pas de suiveurs ».

À l’heure actuelle, à l’exception de l’Europe (même s’ils ont leurs problèmes), il n’y a pas de leaders.

À l’approche de la fin de cette Conférence, nous observerons et nous espérons qu’un des pays riches, ou un pays pouvant briser cette impasse - et qui démontrera de la bonne foi et pourra instaurer la confiance - s’avancera et montrera son leadership. Voilà pas si longtemps, le Canada remplissait ce rôle, un rôle qu’il a délaissé au profit d’un autre, moins glorieux.

 

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