En attendant Obama

En attendant Obama

Elizabeth May

Question :

Quel est le plan de Stephen Harper en ce qui concerne les changements climatiques?

Choix de réponses :

a) L’embarcation de Stephen Harper se dirige droit devant vers un banc de sable bitumineux.

b) L’embarcation de Stephen Harper prend l’eau dangereusement.


Je choisirais d’abord le banc de sable. Mais avec les inondations majeures survenues au Canada, la deuxième réponse est probablement la bonne. D’ailleurs, les eaux dans lesquelles le bateau de Stephen Harper peut couler sont très nombreuses au pays; M. Harper s’est permis d’en retirer des milliers, surtout des ruisseaux et des rivières, de la Loi sur la protection des eaux navigables l’automne passé.

Depuis que Barack Obama a été élu en 2008 et que Stephen Harper a bien compris que M. Obama sera toujours plus populaire auprès des Canadiens que lui‑même, M. Harper, bien installé sur le pont de son laisser‑aller climatique se laisse remorquer par la stratégie climatique du président Obama.

Le pari semblait judicieux. Le président ne semblait pas mettre en danger une stratégie de laisser‑faire. L’idée « d’attendre Obama » semblait même géniale; de perpétuels embouteillages paralysaient la Chambre des représentants et du Sénat et le mouvement de négationnisme climatique financé par les frères Koch déstabilisait le fragile consensus américain sur l’existence et la menace des changements climatiques. Les Canadiens que nous sommes n’auraient pas blâmé le premier ministre du Canada d’attendre que les États‑Unis, dirigés par Barack Obama, passent à l’action, même si nous aurions complètement effacé de la carte politique un premier ministre qui nous aurait annoncé qu’il faut attendre que George W. Bush passe à l’action.

D’anciens premiers ministres ont fait remarquer que cette stratégie n’en est pas une. Jamais auparavant un gouvernement canadien n’a annoncé un plan politique semblable : ne rien faire jusqu’à ce que les États‑Unis nous disent ce qu’ils comptent faire, après quoi nous les imiterons. L’ancien premier ministre Paul Martin a directement critiqué cette politique tandis que Brian Mulroney l’a critiqué plus indirectement. Dans un rare interview du magazine Corporate Knights, Brian Mulroney a répondu à mes questions et confirmé que si le Canada avait attendu les États‑Unis avant de prendre des mesures pour combattre les pluies acides, nous aurions abandonné tout espoir de faire bouger les États‑Unis et nous n’aurions pas réduit la menace des pluies acides comme nous l’avons fait.

Pourtant, peu de voix s’élèvent contre la stratégie « attendons Obama », et comme dans une pièce de Beckett, l’attente revêt un sens de nihilisme dans sa futilité.

C’est alors qu’arrive le second mandat du président Obama; et avec lui, l’ouragan Sandy; et les voix de plus en plus alarmantes de la communauté scientifique. Dans son discours d’investiture, le président annonce une nouvelle approche :

[Traduction] Nous affronterons la menace des changements climatiques en gardant à l’esprit que si nous échouons, nous trahirons nos enfants et les générations à venir. Certains nieront les preuves scientifiques écrasantes; mais personne ne peut échapper aux conséquences dévastatrices des feux, des sécheresses et des tempêtes qui nous frappent de plus en plus violemment…

Nous ne pouvons céder à d’autres nations la technologie génératrice de nouveaux emplois et de nouvelles industries.

 

Plus tard, dans son discours sur l’état de l’Union, le président déclare que la situation s’aggrave continuellement. Même le Government Accountability Office des États‑Unis range la crise climatique parmi les « risques élevés » menaçant les ressources du gouvernement des États‑Unis.

Et finalement, cette semaine, le président des États‑Unis passe à l’action. Il ne veut plus attendre le Congrès. Il annonce une série de mesures qui n’exigent pas d’autorisations législatives; un plan climatique peut entrer en vigueur par décret.

La liste des mesures est impressionnante : de nouvelles normes pour les camions et les véhicules lourds; des investissements en matière d’efficacité énergétique, non seulement des immeubles d’habitation, mais aussi des immeubles institutionnels et commerciaux; plus de projets d’énergie renouvelable sur les terres fédérales; des plans d’investissement pour des infrastructures qui résisteront aux phénomènes climatiques; un plan d’adaptation aux événements extrêmes que nous ne pouvons plus éviter; et, surtout, un engagement à réglementer les émissions de carbone des centrales thermiques alimentées au charbon comme le sont le mercure et l’arsenic.

Curieusement, même si le Canada n’a d’autre plan climatique d’ensemble que celui d’attendre le président Obama, nulle part il n’est fait mention de lui. En fait, lorsque nous lisons le plan du président (présenté en entier à la suite de ce blogue), il est frappant de constater que le Canada ne se trouve nulle part dans la liste des partenaires internationaux. Le président parle de redoubler les efforts avec la Chine, le Brésil, le Mexique, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud; des références sont faites à l’Afrique, à tous les pays possédant des forêts tropicales et à ceux qui sont aux prises avec des sécheresses (le fait que Stephen Harper a retiré le Canada de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification ainsi que de l’Organisation internationale des bois tropicaux n’a sans doute pas aidé).

Nul doute que le Cabinet du premier ministre prépare une opération charme annonçant que le Canada possède un plan formidable. Mais notre réglementation des émissions de carbone des centrales au charbon, qui doit entrer en vigueur en 2015, est si molle qu’il y a fort à parier que la réglementation de l’Environmental Protection Agency des États‑Unis laissera l’approche Harper loin derrière. La réglementation du charbon de Stephen Harper n’assujettit à aucune réglementation les centrales construites avant l’entrée en vigueur, dans deux ans, de la réglementation... jusqu’en 2065. Oui, vous avez bien lu 2065. Dans 50 ans. Et nous n’avons aucun programme d’adaptation aux changements climatiques, d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables.

Quelles excuses Stephen Harper pourrait‑il à présent invoquer, après avoir attendu Barack Obama pendant si longtemps, pour ne pas mettre en place les mêmes politiques que lui? De plus, contrairement à Barack Obama, Stephen Harper a le plein contrôle des fonctions législatives et exécutives du gouvernement; nous aurions donc droit aux mesures que M. Obama n’est pas en mesure d’établir tel que l’établissement du prix du carbone. Nous sommes censés être prêts à passer à l’action.

Mais voilà, je me demande quelle sera la prochaine excuse pour ne rien faire. Peut‑être que nous devrions attendre l’Arabie saoudite?