Occupons Wall Street – ignorer le méchant

par Derek Forgie

Du point de vue des médias, l’histoire du mouvement Occupy Wall Street (Occupons Wall Street) était inévitable. C’est un mouvement de grande envergure, passionné et opportun. Cependant, la manière dont le mouvement est couvert est une tout autre affaire. Je suis de plus en plus frustré de voir les médias retourner les mauvaises pierres, cogner aux mauvaises portes et poser les mauvaises questions. L’accent est presque exclusivement mis sur les campements. Le ton gravite généralement autour de thèmes comme : « Comment pouvons-nous les faire partir? », « Ils n’ont aucun objectif précis. », « Ont-ils le droit de faire des feux de camp? », « Représentent-ils un fardeau pour les commerçants locaux? », « Est-ce l’appui de la part du grand public est en train de décliner? ». Et cela se répète sans arrêt. La couverture médiatique tient plus de la complainte d’un propriétaire grincheux que du journalisme.

Le mouvement devrait plutôt soulever les questions suivantes : « Qui sont les 10 PDG les plus cupides? », « Lequel a envoyé le plus d’emplois à l’étranger? », « Qui sont les plus grands incompétents à avoir reçu un parachute doré? », « Pourquoi la richesse du 1 % de la société qui représente les plus nantis a triplé en 30 ans? », « Comment pouvons-nous empêcher les banques de devenir “trop grosses pour s’effondrer” »? « Pourquoi les entreprises sont-elles autorisées à risquer les économies des gens? », « Pourquoi la classe moyenne est-elle en train de disparaître? », « Si nous continuons dans cette voie, dans quel état financier serons-nous dans 10 ans? », « Pourquoi le grand public est-il à ce point désenchanté par l’état actuel du capitalisme? », ou encore « Quelle charge de travail un PDG moyen doit-il accomplir pour gagner votre salaire annuel? »

Peut-être suis-je le seul, mais je trouve ces questions beaucoup plus cruciales et intéressantes que celles du genre : « Où se trouvent les toilettes des indignés? ». Pourquoi ces questions ne sont-elles pas posées? Certains affirment que tout cela est un complot malfaisant visant à maintenir le statu quo et à protéger les grandes sociétés aux poches profondes. Dans une certaine mesure, cette explication tient la route, mais j’ai travaillé à la télé et je crois qu’il existe une influence d’une plus grande ampleur; la léthargie. La paresse pure et simple. Il est facile de vous rendre à votre site d’occupation local, de sortir une caméra, d’installer des équipements de tournage et de préparer un topo. Pourquoi? Parce que les indignés n’ont rien à cacher. Ils sont prêts à parler et tiennent à la liberté d’expression. Oui, un des indignés a jeté de l’urine sur un employé municipal, mais aussi répugnant que cela puisse paraître, ça n’a aucun lien avec l’effondrement de la Grèce.

Voici le problème. Parler au PDG de Goldman Sachs nécessite en fait des efforts. Obtenir une entrevue avec un cadre dirigeant venant tout juste de mettre à pied 80 travailleurs afin de faire augmenter la valeur de ses actions requiert de la finesse. Vous devez sauter dans des cerceaux, vous plier au protocole, faire approuver vos questions ou même leur tendre une embuscade au moment où ils sortent de leur BMW. Ces approches peuvent vous obliger à prendre le téléphone ou à travailler après 17 heures, alors elles sont rapidement écartées.

C’est malheureux parce que les médias sont en train de laisser filer le meilleur récit sur les opprimés de l’histoire récente. Des milliers de militants privés de droits et démunis sur le plan financier donnent leur temps et renoncent au confort et à la possession matérielle pour tourner le dos, littéralement et métaphoriquement, au capitalisme dans son état actuel en demandant des changements en profondeur. La cupidité est le véritable « méchant », la faiblesse de l’humanité. Et ma foi quel méchant! Elle ferait passer Ursula la sorcière des mers pour Mary Poppins. 

Les médias ont beaucoup trop souvent, à juste titre, été accusés d’être trop « hollywoodien ». Cependant, je souhaite qu’ils consacrent cette fois plus de temps à s’attaquer aux véritables « méchants ».

Je m’appelle Derek et je vous présentais ma chronique Skwirl’s Eye View.     

Derek Forgie : Militant, humoriste et conférencier       

Lorsqu’il n’est pas en train de divertir quotidiennement le public dans les studios de la chaîne MTV Canada, Derek arrive d’une manière ou d’une autre à trouver son équilibre grâce à une diète robuste à base de monologue comique, de militantisme et de discours. Certains des efforts militants mémorables de Derek ont été reconnus par Reddit.com, la Fondation David Suzuki et le WWF.

Vous trouverez plus d'exemples de son travail éclectique au www.DerekForgie.com