Stephen Harper dénigre le protocole religieux et politique

Stephen Harper a commis récemment deux péchés en matière de protocole. L’un touche le pays en entier et l’autre, seulement quelques citoyens pratiquants.

Je me suis demandé si je devais commenter l’incident de la disparition de l’hostie pendant le service funèbre de l’ancien gouverneur général Roméo LeBlanc. Je pense que la plupart des Canadiennes et des Canadiens sont d’accord avec la commentatrice du Vancouver Sun, Barbara Yaffe, qui a déclaré qu’il n’y avait pas de quoi s’affoler. Mais en tant que seule chef d’un parti fédéral qui ait récemment terminé un cours sur l’Eucharistie (ce que je peux affirmer en toute sincérité), je crois que cela vaut la peine d’expliquer pourquoi le geste du premier ministre était un sacrilège.

Avant de regarder la vidéo, je n’avais pas compris à quel point l’offense commise lors de la communion était étrange. Je croyais que la colère des gens venait du fait qu’une personne ne pratiquant pas la religion catholique romaine ne devait pas (ou plutôt n’avait pas le droit) de recevoir la communion pendant la messe. Je me souviens que l’ancienne gouverneure générale Adrianne Clarkson avait causé tout un émoi parce qu’elle avait reçu la communion pendant une messe catholique. Elle pratique la religion anglicane comme moi, et bien que le fait de recevoir l’Eucharistie ait la même signification pour nous, chaque religion observe ses propres règles. Pour être respectueux, vous vous devez de les observer. Il faut être de foi catholique romaine pour recevoir la communion dans une messe catholique alors que dans une église anglicane, celle-ci sera offerte à tous les chrétiens.

Pour ceux qui ne pratiquent pas une religion chrétienne, la remarque de Harper selon laquelle il n’aurait jamais refusé de recevoir la communion peut paraître raisonnable. Il faut souligner qu’il existe environ 2 000 déclinaisons différentes de la religion chrétienne, et que la variante catholique romaine en est l’une des plus importantes. Les distinctions sont minimes entre chacune d’elles. Le fait que personne n’a expliqué au premier ministre qu’il devait se présenter devant l’évêque les bras croisés pour montrer qu’il ne devait pas recevoir la communion démontre que son cabinet est déficient sur le plan du protocole. L’action pouvait être choquante pour les catholiques romains, mais c’est à eux de se plaindre. Je crois que si le premier ministre avait oublié d’ôter ses chaussures dans une mosquée ou de porter la kippa dans une synagogue, beaucoup plus de gens n’auraient pas pris ce geste à la légère. Il s’excuse disant (après tout) qu’il est chrétien, où est le problème?

Ce que j’ai trouvé étrange en regardant la vidéo, c’est qu’il n’a pas participé à la communion comme un chrétien le ferait normalement. Pour expliquer à quel point son geste a été déplorable pendant l’Eucharistie, pardonnez-moi de prendre un moment de recul pour vous expliquer la signification de la communion. La plupart des gens savent que l’hostie représente le corps du Christ. Selon l’Église catholique romaine, elle représente littéralement le corps par transsubstantiation. Le vin bu représente le sang du Christ. Mais faisons un retour dans le temps pour observer ce que Jésus a fait lors de la Cène. Dans tous les Évangiles, à l’exception de celui de Jean, la Cène était une fête de Pâques traditionnelle. Jésus de Nazareth était juif et le rituel du repas de Pâques à l’époque, comme aujourd’hui, débutait avec la séparation du pain. Ce pain était d’abord béni, puis rompu et partagé. Les verbes bibliques qui marquent le partage du pain pendant la communion sont « prends, bénis, romps, donne, mange ». Jésus s’est servi de rituels bien connus dans la liturgie juive pour renforcer son message : souvenez-vous de moi. Dans toutes ces cérémonies, le repas est partagé. Ceux qui le reçoivent doivent le manger. Ils le font parce que cela fait partie du rituel. L’Eucharistie n’est pas un repas à emporter.

Dans toutes les religions chrétiennes, la communion est participative. Ceux qui reçoivent le pain ou l’hostie la mangent immédiatement après l’avoir reçu, normalement la tête inclinée, debout ou à genoux, devant le prêtre célébrant ou le ministre du culte.

Ce n’est pourtant pas ce que Stephen Harper a fait. Il a manifestement accepté l’hostie et puis abaissé sa main; on ignore ce qu’il est advenu de l’hostie en raison du déroulement de la messe. Le sénateur Kinsella a déclaré l’avoir vu manger l’hostie un peu plus tard. Peu importe. Parce qu’il ne l’a pas mangé lorsqu’il l’a reçue, il a commis un sacrilège. Alors, encore une fois, qui va s’en faire? Peut-être les catholiques romains. Peut-être les autres chrétiens pratiquants. J’ai trouvé ce geste offensant, mais c’est mon opinion seulement. Et comme Barbara Yaffe l’a si bien dit, il n’y a pas de quoi s’affoler.

Quelques jours auparavant, le premier ministre a méprisé une autre forme de protocole. Et cette fois, bien qu’il ait commis un geste vraiment répréhensible, peu de médias l’ont rapporté. Je l’ai découvert sur un blogue. Voici une copie du blogue de Susan Delacourt :

------------------------------------------------------------------------------------------------ http://thestar.blogs.com/politics/2009/07/at-ease-canadians.html par Susan Delacourt

Repos, Canadiens

Au début de son mandat inaugural de premier ministre, Stephen Harper a exprimé tout haut à quel point il souhaitait que les journalistes canadiens se lèvent lorsqu’il entrait dans la salle. Je pense que la réaction générale à ce vœu avait quelque chose à voir avec les poules et leur improbable dentition.

Mais hier, jour de la fête du Canada, Global TV nous a montré comment Harper avait réussi à obtenir des militaires le salut réservé habituellement au gouverneur général. Comme l’a expliqué le ministre du Patrimoine James Moore dans la vidéo, c’était apparemment un désir du premier ministre.

Alors si vous croisez notre soi-disant père de joueur de hockey Tim Horton, notre premier ministre et personne tout à fait ordinaire cet été dans un de ses nombreux soupers barbecue, faites-lui un petit salut militaire. Ou levez-vous, ou faites quelque chose dans le genre. Il semble apprécier les courbettes. [traduction]

(Depuis la publication de ce billet, la vidéo de Global TV a été retirée.)

OK. Voilà quelque chose de bien inquiétant. J’explique dans mon livre Losing Confidence : Power, Politics and the Crisis in Canadian Democracy (Perte de confiance : Pouvoir, politique et la crise de la démocratie canadienne) comment Stephen Harper veut singer le style présidentiel. Il désire avoir sa propre aire d’accueil d’un style plus impérial pour les dignitaires étrangers. Son Cabinet a commencé à élaborer des plans de création d’un centre de presse où il pourrait, de la même façon que la Maison-Blanche américaine, décider de l’ordre des questionneurs.

Notre premier ministre semble être irrité par son simple rôle de chef de gouvernement où la Reine garde son titre de chef d’État et où son représentant, le gouverneur général, reçoit tous les honneurs dus au monarque en son nom.

S’avancer et recevoir un salut royal le jour de la fête du Canada peut ressembler à une bagatelle, mais ce geste constitue une rupture radicale avec les principes d’une démocratie parlementaire, d’une monarchie constitutionnelle. De plus, James Moore a confirmé que cette action n’était pas un petit manque au protocole. Elle a été planifiée et demandée par le premier ministre.

C’est cette violation du protocole qui ne doit pas passer sous le silence. Elle nous montre le vrai visage de ce premier ministre qui ne tient pas compte de l’histoire du pays qu’il présume gouverner. Le concept du premier ministre signifie « premier parmi ses pairs ». Il n’est que le premier ministre de la Couronne. Il est au service de celle-ci, plus précisément, au service du peuple. Il n’est pas le roi.

Or, je me demande maintenant s’il est arrivé en retard à deux séances consécutives de photos du G-8 juste pour soulever la question : qui est vraiment important ici? Pas l’Église, ni la Reine, ni ces autres dirigeants.

Je pense que nous avons un problème.